Contre la critique de la critique

Un des reproches les plus couramment adressés aux promoteurs de la démocratie citoyenne, c’est d’être des « critiqueurs ». Ce reproche, cette “critique de la critique”, leur est généralement adressé par des zélateurs d’un système exécutif autoritaire renforcé d’un système législatif censitaire, c’est à dire des partisans résolus d’un pouvoir opérationnel exercé par une minorité martiale doublé d’un pouvoir de faire les lois exercé par une minorité éclairée. Pour ces aristocrates politiques, les détenteurs du pouvoir ne devraient pas être critiqués au prétexte qu’exercer des responsabilités est difficile, tandis que critiquer est facile, voire même « confortable ».

Pourquoi pas ! Mais le problème c’est que ces « élitistes », qui généralement méprisent le peuple et son inculture supposée, confondent toujours son aspiration légitime à la transparence avec ce qu’ils nomment la «critique systématique» ou «critique injustifiée», ou encore «critique confortable». Cette mauvaise foi coutumière qui fait passer le questionnement éclairant et la suggestion délibérative pour de la critique pure et simple,  est un stratagème bien connu employé par les hérauts de l’absolutisme dans le dessein de calomnier les promoteurs de la vraie démocratie.

Car la démarche intuitive des démocrates citoyens face au pouvoir sans partage des groupes restreints c’est l’exigence de transparence, et pas la critique. Et d’ailleurs comment critiquer telle mesure ou telle décision sans avoir été informé au préalable des arcanes détaillées qui la compose ? C’est naturellement impossible sauf pour un esprit peu circonspect qui critiquerait sans savoir, pour son propre plaisir et dans le but de nuire à autrui. Il convient d’affirmer une fois encore, que cette démarche est à l’opposé de celle du vrai démocrate citoyen pour lequel l’objectivité du raisonnement est à la base de toute action.

Eh bien, c’est pourtant ce procès injuste qui est intenté à la démocratie citoyenne par les plus farouches partisans de l’oligocratie ! Ces militants du système censitaire sont en réalité les dignes descendants des constituants de 1791 qui établirent l’obligation de payer l’équivalent de dix journées de travail (le fameux « marc d’argent ») pour avoir le droit d’être électeur. Ils ne rêvent que d’un système qui priverait définitivement de parole le citoyen entre deux élections et ils élèvent au plus haut niveau de gloire les fiers athlètes dont un système aujourd’hui majoritairement contesté, a permis d’asseoir la mandature. Et c’est ainsi que nous voyons se développer jour après jour l’utilisation de l’arme privilégiée des ennemis de la vraie démocratie : la calomnie contre l’action citoyenne. Cette calomnie se décline  ainsi :

  1. vouloir tenir régulièrement des réunions de réflexion ou des conférences, c’est déjà critiquer,
  2. demande à exercer son droit légitime à consulter un document administratif et comptable, c’est encore critiquer,
  3. oser poser une question à un mandataire, c’est toujours critiquer,
  4. avoir l’impertinence de faire une suggestion, c’est critiquer,
  5. etc.., etc..

Car dans certaines régions de France, il existe encore des élus  qui considèrent ces simples manifestations de la conscience citoyenne comme des “critiques injustifiées”, émanant de l’esprit vicieux de contestataires systématiques. Et bien que ces mandataires  résiduels ne représentent pas plus qu’une simple curiosité minoritaire dans le paysage politique de notre pays, il est regrettable que des esprits plus élevés soient encore aujourd’hui, tentés de les conforter dans leurs raisonnements primaires en leur emboîtant le pas dans cette mauvaise critique de la critique.

Christian Laurut

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Une réponse à Contre la critique de la critique

  1. RUCK dit :

    c’est vrai que s’intéresser à notre avenir, Nous bas peuple que nous sommes est pour cette “Bourgeoisie aux manettes”, …un délit…, car eux seuls possèdent la raison dictée par leur supériorité intellectuelle du pouvoir, la morale dictée par leurs médias à la botte, et l’argent fourni par la planche à billets de leur patron!
    Que nous reste t-il? miettes ou pain noir face à cette “Franc Macronnerie”?

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